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Le château et son histoire

A la découverte de la Châtellenie de L'Isle-en-Dodon

 

Promenades en Pays de Serrère

 

   Extrait tiré d'un ouvrage de Louis CARSALADE

 

 

 

Castelgaillard, capitale temporaire du Comminges et la guerre de 100 ans

 

C'est ici que se dressa au XIV° siècle l'une des places fortifiées du comte de Comminges, une sentinelle avancée de son dispositif militaire qui, avec celles de Saint-Marcet et d'Aurignac tenait en respect le comte de Foix, éternel rival, qui le narguait du haut de ses châteaux de Saint Plancard, de Larroque ou de Lespugue.

Ce comte de Comminges, c'était Pierre-Raimond II, qui avait succédé à Bernard VIII. A peine intronisé, il signa son premier acte officiel à L'Isle-en-Dodon en 1341. Mais on en conserve un autre, daté de 1350, et donné à Castelgaillard.

Un acte notarié atteste que, le 22 février 1351, le compte reçut à Castelgaillard l'hommage de son vassal, le seigneur Raimond de Pins.

La guerre de Cent Ans venait de commencer. Les Fuxéens s'étaient rangés derrière l'Anglais tandis que Comminges et Armagnac étaient des fidèles du roi de France.

En 1335, le fils du roi d'Angleterre, le Prince de Galles dit "Le Prince Noir", parti de Bordeaux porte la guerre au nord des Pyrénées. Au retour d'une fantastique chevauchée qui sema la terreur dans nos populations, l'Anglais, ayant incendié Carbonne, surgit en Serrère et vient livrer bataille au comte d'Armagnac à Mauvezin de L'Isle, sur l'Aussoue, à deux lieues en aval du Castel Gaillard. Le Prince et ses cavaliers ont-ils aperçu le château de Pierre Raimond ? On ne sait.

La lutte contre les Anglais se poursuit par Fuxéens interposés et Pierre Raimond vaincu à Launac (près de L'Isle-Jourdain) avec les Armagnacs est fait prisonnier par les troupes du comte de Foix. La rançon, énorme, sera payée par ses vassaux nobles et par les cités consulaires dont celles de Samatan et de L'Isle-en-Dodon. Le comte, libéré, se replie en Serrère et c'est de Castelgaillard qu'il octroie, le 22 février 1368, la charte de privilèges à la communauté de Castillon (en Bethmale).

A la fin de sa vie, il comble ses fidèles de ses faveurs : nouvelles donations aux Cisterciennes de Fabas, fondation du monastère des Frères Prêcheurs, (les Frays Prédicadous) qu'il établit sur ses propres terres, à L'Isle-en-Dodon, reconnaissance à cette dernière cité de sa charte de privilèges.

Avant d'être inhumé au couvent franciscain de Samatan, la résidence qu'il affectionna sa vie durant en partage avec son château de Castelgaillard, il rédigea à Muret un testament aussi exemplaire par sa précision que par ses largesses. Parmi les clauses innombrables du document, il reconnaît expressément à son épouse, la comtesse Jeanne, la jouissance de ses biens personnels avec, nommément désignés, ses droits de haute et basse justice sur Castelgaillard.

 

 

Castelgaillard aux XV° et XVI° siècles

 

Dès le XV° siècles, on trouve installé au château du comte un membre proche de la branche aînée des d'Orbessan de Labastide.

            La communauté est alors dirigée par des consuls dont on remarquera l'intervention énergique auprès de la commission royale chargée d'établir l'assiette de l'impôt (vers 1540) : ces magistrats contestaient la nobilité des terres de la paroisse possédées par le seigneur d'Ambax, Bernard de Lamézan.

            Pendant les guerres de religion, les d'Orbessan furent souvent les représentants actifs de noblesse du Serrère. Tous deux, celui de Labastide et celui de Castelgaillard sont présents aux Etats de Comminges d'Aurignac, en 1587.

            "Les Etats, après avoir pourvu à la sauvegarde du pays et préparé les moyens de résistance, jugèrent opportum d'envoyer un député au maréchal de Matignon (Le maréchal de Matignon était gouverneur de Guyenne. Il représentait le roi Henri III). Leur choix tomba sur Jean d'Orbessan, seigneur de Castelgaillard. Celui-ci devait informer le Maréchal des mesures prises et obtenir de lui aide et protection". (Abbé Auguste. Histoire de Puymaurin).

            Peu de temps après, Jehan d'Orbessan de Castelgaillard et Jean Baptiste de Lamézan, seigneur 'Ambax., "la veille du jour où ils allarent treuver les huguenots à Puymaurin pour entrer en hostaiges", dînèrent chez Salles, le premier consul de L'Isle-en-Dodon.

            L'abbé Magre, qui n'a pas eu connaissance des faits plus hauts relatés nous dit que le village dut se bâtir à l'ombre du château féodal, que le dernier seigneur du lieu fut Mr Restes d'Orbessan, que les ruines du château des comtes furent achetées en 1743 par un bourgeois lislois, Mr Dominique Pagan, que la commune qui comptait 305 habitants en 1831 n'en comptait plus que 255 en 1888, répartis dans dix-neuf hameaux.

            Avec une superficie de 683 hectares, elle ne regroupe en 1999 que 67 habitants. Ce constat peut nous désoler quand on réalise que cette si modeste commune fut à plusieurs reprises le siège du comte de Comminges. Mais nous pouvons toujours aller rêver à l'ombre du chemin de ronde du prestigieux château.

            Sur cette butte où l'on ne voit plus que cette modeste construction, s'éleva donc jadis une forteresse qui fut, avec celles de Saint-Marcet et d'Aurignac, l'une des sentinelles comtales commingeoises avancées de la région. Elles faisaient front aux châteaux du comte de Foix, maître du Nébouzan qui défendait sa châtellenie de Saint-Plancard grâce à un puissant quadrilatère fortifié : Nizan, Sarremezan, Lespugue et Larroque. Les beaux vestiges de ces deux derniers châteaux intriguent les voyageurs. Ils témoignent de l'âpreté des luttes entre Foix et Comminges au Moyen-Age.

 

Les seigneurs de Lamézan – Joncet

 

            Une demi-heure suffisait à un cavalier pour se rendre du château à la cité de L'Isle-en-Dodon. Il lui fallait d'abord descendre le coteau jusqu'au ruisseau du Barthet, puis ayant laissé Mauvezin sur sa droite, atteindre la vallée de l'Aussoue où il retrouvait l'antique chemin qui joignait Muret à L'Isle et bientôt il entrait en vallée de Save entre la "Peyro Blanco" de Labastide et la colline du Puy, à la source réputée. Ce chemin, les Lamézan l'ont parcouru des siècles durant.

            Leur domaine comprenait deux seigneuries, celle de La Mezan proprement dite et celle de Joncet, dans la vallée en aval de Castelgaillard.

            La carte de Cassini, aussi importante pour l'historien que le Pouillé Commingeois de 1387, nous donne une bonne image de l'occupation du sol dans les dernières décades de l'Ancien Régime. En regardant de près le coin, on y voit le centre actuel dénommé Ambax La Mezan et sur la hauteur l'ancien château de La Mezan, flanqué au levant du lieu-dit "La Gestère" et, au midi, de la métairie dite La Mezan. Au nord, le château moderne est signalé de la même manière, ce qui fait qu'on rencontre quatre fois le mot La Mezan sur le site. En remontant l'Aussoue, on trouve dans la plaine de rivière la chapelle de Joncet et, sur le ruisseau, le moulin du même nom.

            Nous n'avons pas eu connaissance d'une famille autre que celle des de Lamézan et seigneurs de Joncet. En bon Gascon, on devait prononcer Lamézan, sans qu'il soit utile de mettre l'accent aigu. Selon les actes, les documents et les cartes, on trouve l'une et l'autre orthographe.

            Les Lamézan seraient issus d'une branche de noblesse ayant des liens avec l'illustre famille des Montpezat. Les ruines de son château, toujours imposantes, dominent, à l'ouest, de près de cent cinquante mètres, l'étroit défilé de la Garonne, entre Mancioux et Saint-Martory et, tout près d'Ambax, le village de Montpezat-Savès conserve de beaux restes qui perpétuent aussi le souvenir de ces nobles.

 

Les Lamézan au XVI° siècle et les gravures de religion

 

Vers 1540, les consuls de Castelgaillard avaient vigoureusement contesté, auprès de la commission chargée de recenser la propriété foncière, le bien fondé de la nobilité des possessions que le seigneur Bernard de Lamézan tenait sur leur paroisse. Il doit s'agir des terres attachées à la seigneurie de Joncet.

            Nous retrouvons ce seigneur aux Etats de Comminges réunis à L'Isle-en-Dodon en 1545. Et, en 1559, on remarque sur le tout nouveau compoids de cette ville, un Arnaud Guilhem de Lamézan qui possède une maison au quartier du Bourguet.

            C'est probablement ce dernier qui, devenu le syndic de la noblesse de Comminges, fut chargé, en 1562, par le Parlement de Toulouse de faire lever des troupes pour secourir leur ville menacée par les huguenots. Mais le détachement commingeois arriva après la bataille, une force de sept ou huit cents hommes commandés par Lamézan en personne. Montluc, général des catholiques, leur interdit l'entrée de la ville "par crainte de pillage". Déçus et mécontents, les soldats gascons "menassent que une autre fois ils ne viendraient pas secourir la ville".

            Le 22 mai, Lamézan reçoit l'ordre de les ramener chez eux.

            Pendant l'hiver de 1587 survient l'affaire de Puymaurin, occupée par les huguenots de L'Isle-Jourdain. Aussitôt averti par les consuls de L'Isle-en-Dodon, le seigneur de Lamézan de Joncet, syndic de la Noblesse, se joint à Daudirac, syndic du Tiers-Etat et à Monseigneur de Saint-Gélais, évêque de Comminges pour réunir en tout hâte des Etats qui se tinrent à Aurignac. Après avoir envisagé la manière forte, on se résout à une transaction avec les occupants de la place. En attendant le versement d'une rançon de trois mille écus, les huguenots réclamaient deux otages de marque et c'est pourquoi " la veille du jour où ils allarent treuver les huguenaulx à Puymaurin pour entrer en hostaiges, les sieurs Bernard de Lamézan de Joncet et d'Orbessan de Castelgaillard dînèrent chez Salles, le premier consul de L'Isle-en-Dodon".

 

            Transférés au château de Caumont (en aval de Samatan), les deux nobles furent libérés après le paiement de la rançon.

            Cette affaire avait troublé les populations puisque, en janvier 1589, les Etats de Muret décident "que le sieur de Lamezan, syndic de la noblesse, se transportera ez lieux de Puymaurin, Saint-Laurent, Anan, Coelhes et autre lieux de la châtellenir de L'Isle-en-Dodon pour admonester les habitants de se contenir en paix, union et concorde et vivre en la crainte de Dieu et leur religion catholique…".

            La même année (1589) on apprend la prise de Samatan par les huguenots alors devenus les soldats du roi Henri IV. Mais cette fois, aux Etats de Saint-Julien, le seigneur de Lamézan, fait esclandre en déclarant haut et fort que, quoique bon catholique, il est partisan du seul roi légal Henri IV.

            En février 1590, le même Lamézan obtient le départ des huguenots de Samatan, moyennant une rançon de trois mille écus dont il fait l'avance. Après quoi, "il veut bien rendre la ville aux Etats, à condition que ceux-ci reconnaissent le pouvoir du maréchal de Matignon que le nouveau souverain a maintenu comme gouverneur de Guyenne. Les Etats ayant refusé, Lamézan s'enferme dans Samatan. Mais, coup de théâtre, il meurt subitement et, en mars, sa veuve remet la ville au seigneur de la Ylhère, syndic de la noblesse, moyennant qu'on lui rembourse la rançon payée par son mari (René Souriac).

 

            Les de Lamézan se signalèrent, notamment au XVIII° siècle par la place que surent tenir les filles de la famille dans les deux couvents féminins du voisinage. On en relève une au prieuré de Saint-Laurent tandis que, en 1776, dans un acte notarié d'obédience au nouveau roi Louis XVI, la supérieure de l'abbaye royale de Fabas, révérende dame de Bastard est assistée de "noble et révérende dame Andrée de Lamézan, prieure". Sur le même acte, parmi les autres religieuses citées, on lit le nom d'Anne de Lamézan alors âgée de 25 ans. Elle sera présente au couvent lors de la liquidation du monastère en 1790.

 

Le domaine des de Lamézan à la Révolution

 

Après la révolution en 1790, le seigneur de Lamézan émigra. Il était à la tête d'un important domaine qui fut vendu comme bien national.

 

 

 

 

 

 

Louis CARSALADE, auteur de l'ouvrage rappelé en titre, a occupé son premier poste d'instituteur à CASTELGAILLARD en 1940. Il a toujours réservé une attention toute particulière à l'histoire de notre village privilégié dans la parution de ses différents ouvrages. Nous l'en remercions bien vivement.